Immunization Financing: A resource guide for advocates, policymakers, and program managers
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L’importance de la vaccination et de son financement

Fiche 1

Points essentiels

  • La vaccination sauve des millions de vies et apporte de nombreux bienfaits, notamment en termes de santé infantile, de fréquentation scolaire et de productivité. Les services de vaccination sont aussi une pierre angulaire des soins de santé primaires et peuvent servir de socle à d’autres services de santé vitaux.
  • La vaccination offre une rentabilité économique exceptionnelle ; chaque dollar dépensé entraîne des retombées économiques positives beaucoup plus importantes.
  • La vaccination doit être poursuivie indéfiniment ; il s’agit donc d’un investissement à long terme exigeant un financement stable et durable.
  • Les États ont la possibilité d’introduire un certain nombre de vaccins primordiaux pour la santé publique, mais nombre d’entre eux ont peine à résoudre l'équation du financement. Les pays bénéficiant de l’aide de Gavi doivent se préparer à financer la totalité de leur programme national à partir de sources intérieures lorsque cette aide prendra fin, et les pays non éligibles à Gavi doivent faire face à l’incertitude sur le prix des vaccins.

Les vaccins comptent parmi les plus puissants outils de santé publique existants. La vaccination a permis l’éradication totale de la variole – peut-être la plus grande victoire de l’histoire de la santé publique – et joué un rôle déterminant dans la chute spectaculaire de la mortalité infantile au cours des dernières décennies. On estime aujourd’hui que la vaccination sauve chaque année 2 millions de vies ; avec une meilleure couverture, elle pourrait en sauver le double.

Le champ d'application de la vaccination continue de croître à mesure que sont mis au point de nouveaux vaccins contre des maladies persistantes ou émergentes. Le premier vaccin contre le paludisme a été approuvé par les autorités de réglementation en 2015, un vaccin contre la dengue a été autorisé dans plusieurs pays et un autre contre le virus Ebola s’est révélé prometteur lors d’essais menés pendant la récente épidémie survenue en Afrique de l’Ouest. Des vaccins contre d’autres maladies, notamment la maladie à virus Zika, sont en cours d’élaboration.

Les services de vaccination sont une pierre angulaire des soins de santé primaires et, grâce à leur portée déjà étendue, ils pourraient servir de socle à d’autres services vitaux.

Valeur de la vaccination

La vaccination compte parmi les interventions de santé les plus rentables : elle offre un excellent rapport coûtbénéfices en termes de santé publique– en vies sauvées et en maladies prévenues – notamment là où le poids de la maladie est élevé. Cela signifie que la vaccination est l’un des meilleurs usages que l’on puisse faire de fonds publics pour la santé, par définition limités. Si l’on traduit les avantages des vaccins en termes économiques – en faisant le compte des économies réalisées en coûts de traitement, de la perte de productivité due aux maladies et aux soins et des années de revenu perdues par décès prématuré et incapacité – la vaccination ressort clairement comme un investissement d'une rentabilité exceptionnelle. Selon une analyse récente, chaque dollar consacré dans les pays à revenu faible et intermédiaire à élargir l’accès à un portefeuille de vaccins entre 2011 et 2020 rapportera 16 $ en bénéfice économique.

Selon une analyse récente, chaque dollar consacré dans les pays à revenu faible et intermédiaire entre 2011 et 2020 à étendre l’accès à un portefeuille de vaccins rapportera 16 $ de bénéfices économiques.

Cette analyse sous-estime peut-être même la valeur de la vaccination, car elle ne tient pas compte de l’immunité collective (la protection qu’un niveau élevé de vaccination d’une population procure aux personnes non vaccinées) ni des dividendes à long terme en termes d'amélioration de la santé et de scolarisation des enfants.

L'une des vertus sous-estimées de la vaccination est que ses bienfaits touchent davantage les pauvres que la plupart des autres interventions de santé. Les pauvres portent en effet une part disproportionnée du poids des maladies visées par la vaccination. Et bien que, dans la plupart des pays, le taux de vaccination des enfants les plus démunis soit inférieur à celui des enfants plus favorisés, cette disparité est généralement bien moins prononcée pour la vaccination que pour les autres interventions de santé dans les pays en développement – et ce taux est identique pour les filles et les garçons dans presque tous les pays. Considérant l'importance prise par la dimension de l'équité, notamment dans les Objectifs de développement durable de l’ONU 2015-2030, c’est une bonne raison supplémentaire d'investir dans la vaccination.

Bien entendu, tous les vaccins ne conviennent pas à tous les contextes, et avant de décider d’introduire un nouveau vaccin, les autorités doivent prendre en considération certains facteurs, à savoir le poids local de la maladie, l'innocuité et l’efficacité du vaccin, et le coût du vaccin et de son administration. En outre, elles doivent peser les avantages potentiels du vaccin par rapport à ceux d’autres utilisations possibles des ressources. (Voir fiche 4.)

Le besoin de financement à long terme

Les bienfaits des vaccins – et leur rapport coûtefficacité – n'ont plus à être démontrés, mais les programmes de vaccination nécessitent des moyens non négligeables et les gouvernements doivent planifier rigoureusement la pérennité de leur financement. Deux caractéristiques de la vaccination rendent particulièrement importante la planification à long terme de son financement. D’abord, plus que presque tout autre service de santé, la vaccination relève de la responsabilité publique. Dans la plupart des pays, la vaccination est offerte gratuitement à tous les enfants par le biais des services de santé publique ou avec des fonds et une supervision publics. Même lorsque les fournisseurs privés jouent un rôle, c’est en dernière instance l’État qui assume la responsabilité de garantir l’accès aux vaccins importants pour la santé publique. Non seulement l’accès à la vaccination, parmi d’autres services de santé de base, est généralement perçu comme un droit, mais la maîtrise des maladies infectieuses et la protection que procure un fort taux de vaccination au niveau de toute une population constituent un exemple classique de « bien public » dont les avantages pour la société dépassent la valeur que l’on peut espérer voir les individus ou les foyers lui accorder. Assurer la fourniture de services de vaccination est par conséquent une responsabilité naturelle des États.

Ensuite, sauf cas exceptionnels d'éradication totale d'une maladie, la vaccination doit être indéfiniment poursuivie, même lorsque les maladies qu’elle prévient ont beaucoup reculé, au point de disparaître de la conscience collective. En effet, le risque est grand de voir ces maladies regagner rapidement du terrain si la vaccination s’interrompait. Ainsi, on a assisté à une recrudescence du paludisme lorsque les mesures de contrôle ont été assouplies ; la chute des taux de vaccination contre la rougeole a entraîné une flambée dans de nombreux pays. La vaccination constitue donc un engagement à long terme, et lorsqu’un État introduit un nouveau vaccin, il doit envisager son financement dans la durée.

Dans les faits, les programmes de vaccination se sont avérés remarquablement durables : on voit certains programmes de santé tomber dans l’oubli aussitôt que les donateurs ou l’administration s’en désintéressent ou que d’autres priorités prennent le dessus, mais les vaccins ne sont quasiment jamais abandonnés une fois qu’ils ont été introduits à l’échelon national.

La bonne performance d’un programme de vaccination requiert un financement suffisant, non seulement des opérations se rapportant directement à la vaccination - notamment achat des vaccins et chaîne d’approvisionnement - mais aussi des installations et du personnel de soins primaires qui réalise la vaccination, qui relèvent du programme général de services de santé.

Occasions et difficultés

En matière de planification du financement des programmes de vaccination, la période actuelle est à la fois riche en occasions et lourde de difficultés pour les Etats. D’une part, le portefeuille de vaccins disponibles continue de s'allonger. A la mi-2016, Gavi soutenait dix vaccins, contre trois seulement à sa fondation en 2000. De nouveaux vaccins sont apparus, comme celui contre la méningite A développé pour l’Afrique et un nouveau vaccin contre l’encéphalite japonaise, et certains vaccins déjà largement adoptés par beaucoup de pays à revenu élevé seraient inaccessibles sans l’aide de Gavi aux pays plus pauvres, comme les vaccins contre le pneumocoque, le rotavirus et le virus du papillome humain (VPH). Des pays à revenu intermédiaire non éligibles à Gavi adoptent eux aussi un grand nombre de ces vaccins.

En revanche, les pays éligibles à Gavi, notamment ceux qui ont introduit un grand nombre de vaccins, doivent planifier pour assumer à terme la responsabilité du financement de ces programmes. Cela revêt une urgence particulière pour les pays qui sont entrés dans la phase accélérée de la transition, où le financement national des vaccins doit monter en puissance rapidement à mesure que Gavi retire son soutien. Mais les pays dont le revenu par habitant n’a pas encore dépassé le plafond d’admissibilité Gavi doivent eux aussi s’apprêter à prendre en charge une part croissante du coût des vaccins en cofinancement (voir fiche 9.) Les pays bénéficiant du soutien de Gavi doivent s’assurer de la disponibilité future d’un financement sûr, non seulement pour acheter les vaccins, mais aussi pour les administrer ainsi que pour maintenir et étendre la couverture vaccinale.

Pour les pays à revenu intermédiaire non éligibles à Gavi, l’environnement du financement de la vaccination est plus complexe. Bien que le prix de certains vaccins importants ait chuté pour certains pays non-Gavi, le prix que paient ces pays varie considérablement, ce qui rend toute planification plus difficile et fait de la question du coût un obstacle important pour de nombreux pays. Certains de ces pays voient les donateurs retirer aussi leur financement à d’autres enjeux de santé, et tous doivent trouver des sources prévisibles de financement de la vaccination dans un contexte économique mondial imprévisible. Reste que la part des ressources de santé affectée à la vaccination demeure faible dans la plupart des pays, et qu’avec la volonté politique suffisante, il devrait être possible de trouver le financement nécessaire au maintien et à l’expansion de ce service primordial pour la santé publique.

Sources et lectures complémentaires

Bloom DE, Canning D, Weston M. The value of vaccination. World Econ. juillet 2005 ; 6(3) : 15.

Levine OS, Bloom DE, Cherian T, de Quadros C, Sow S, Wecker J, Duclos P, Greenwood B. The future of immunisation policy, implementation, and financing. Lancet. 5 août 2011 ; 378(9789) : 439-48.

Ozawa S, Clark S, Portnoy A, Grewal S, Brenzel L, Walker DG. Return on investment from childhood immunization in low- and middle-income countries, 2011–20. Health Aff. 1er février 2016 ; 35(2) : 199-207.

Centre international d’ accès aux vaccins [à venir]. Outil VoICE (Value of Immunization Compendium of Evidence). Consultable à : http://view-hub.org/

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