Immunization Financing: A resource guide for advocates, policymakers, and program managers
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Vue d'ensemble de l'approvisionnement en vaccins

Fiche 11

Key Points

  • Fonction vitale de tout programme de vaccination, l'approvisionnement en vaccins a de très fortes répercussions sur le coût total du programme ainsi que sur la fiabilité de la fourniture des produits.
  • Un pays peut se procurer les vaccins directement auprès du fabricant ou passer par l'UNICEF ou le Fonds de roulement de l'OPS (pour les pays du continent américain). La plupart des pays Gavi s'approvisionnent auprès de l'UNICEF ou du Fonds de roulement. Le plus souvent, les prix sont plus avantageux via l'UNICEF ou l'OPS que directement. Le recours à ces options exige dans certains cas d'adapter les règles ou la réglementation.
  • Le prix d'un vaccin dépend du volume de la commande, de la certitude de la demande et du paiement, de la durée du contrat d'approvisionnement ainsi que des caractéristiques du produit et de la concurrence sur le marché. Les pays peuvent influencer certains de ces déterminants, mais d'autres échappent à leur contrôle.
  • Les marchés de nombreux vaccins anciens sont relativement concurrentiels ; les pays à revenu intermédiaire se les procurent généralement à des prix voisins de ceux que paie Gavi, du moins quand ils passent par l'UNICEF ou l'OPS. D'autres vaccins plus récents ne sont produits que par une ou deux entreprises multinationales, qui pratiquent habituellement des prix supérieurs pour les pays au revenu moyen plus élevé.

L'approvisionnement est le processus par lequel on fait l'acquisition de biens et de services. Il comprend la définition des besoins, la connaissance des marchés et fournisseurs potentiels, la passation des contrats et le paiement. La présente fiche traite de l'approvisionnement en vaccins, qui constitue une part importante de la dépense consacrée à l'immunisation.

L'approvisionnement en vaccins pour le compte d'un programme national de vaccination doit répondre aux mêmes grands principes que tout achat du secteur public, notamment l'ouverture, l'équité et l'intégrité. Il doit se fonder sur des critères clairs et suivre des procédures bien définies, conformes aux lois et aux réglementations de chaque pays. Selon l'Organisation mondiale de la santé, l'objectif de l'approvisionnement en vaccins est « d'obtenir des produits d'une qualité garantie à un prix abordable et dans les délais souhaitables, de manière à optimiser l'exécution du programme de vaccination ».

L'approvisionnement en vaccins présente d'importantes différences avec celui d'autres produits médicaux. En premier lieu, les vaccins étant administrés à des enfants en bonne santé, l'innocuité et la qualité du produit doivent constituer une priorité exceptionnellement élevée dans les choix d'approvisionnement. Deuxièmement, pour la plupart des vaccins, il existe relativement peu de fournisseurs, ce qui limite le choix et place parfois ces derniers en position de force. Troisièmement, les délais d'approvisionnement sont généralement longs, de 8 à 24 mois, si bien que les décisions relatives à l'approvisionnement doivent être prises très à l'avance pour éviter les ruptures de stock. Par ailleurs, la continuité de l'approvisionnement et le maintien de prix raisonnables peuvent s'avérer plus cruciaux que pour d'autres biens, compte tenu de l'importance de la planification financière à long terme et des perturbations qu'entraîne le passage d'un produit à un autre.

L'évaluation des produits de vaccination réclame aussi un degré élevé d'expertise. Peu de gouvernements, par exemple, ont les moyens de s'assurer de la conformité aux normes de fabrication d'un fournisseur établi à l'étranger. Le système de préqualification de vaccins de l'OMS, qui évalue si les vaccins sont admissibles à l'achat par des organismes de l'ONU, répond donc à un besoin primordial, et nombreux sont les pays qui exigent que les vaccins produits pour leur programme national soient préqualifiés. Tous les fournisseurs des vaccins recommandés par l'OMS pour la vaccination systématique offrent des vaccins préqualifiés.

Les options de l'approvisionnement en vaccins

En matière d'approvisionnement en vaccins, un État dispose de deux grandes options. Il peut les acheter directement au laboratoire selon ses propres procédures – c'est l'auto-approvisionnement ou approvisionnement direct - ou solliciter un agent contractant extérieur qui sera, dans la majorité des cas, soit la Division des approvisionnements de l'UNICEF soit le Fonds de roulement de l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS). Les pays où existent des producteurs nationaux de vaccins peuvent choisir d'y faire appel (voir l'encadré ci-après).

L'approvisionnement des vaccins financés par Gavi dans le cadre des programmes nationaux se fait généralement par le biais de l'UNICEF ou, pour certains pays d'Amérique, par celui du Fonds de roulement. La plupart des pays bénéficiant de l'aide de Gavi sollicitent aussi l'UNICEF pour les vaccins qu'ils cofinancent, et les vaccins non soutenus par Gavi, notamment le BCG contre la tuberculose. Certains pays d'Amérique utilisent le Fonds de roulement, d'autres se procurent directement ces vaccins autofinancés.

La fabrication nationale de vaccins

Un petit nombre de pays à revenu intermédiaire sont dotés d'une industrie vaccinale suffisamment développée pour offrir un éventail de vaccins importants à prix compétitifs. L'Inde, notamment, possède plusieurs entreprises exportatrices de vaccins préqualifiés qui couvrent une part importante des vaccins utilisés par les pays à revenu faible et intermédiaire. Le Serum Institute of India est aujourd'hui numéro un mondial en nombre de doses produites. Dans d'autres pays, des fabricants prennent en charge certaines étapes de la production de vaccins.

Certains pays ont pour politique de ne s'approvisionner qu'auprès de fabricants nationaux. L’Indonésie, par exemple, n'utilise pour son programme public de vaccination que des vaccins produits par l'entreprise publique Biofarma. Pour leur propre programme national de vaccination, l'Inde et la Chine ont sollicité des producteurs nationaux du secteur public et du secteur privé ; le Brésil ne se fournit qu'auprès de deux entreprises publiques lorsqu'elles disposent du produit en question.

Diverses raisons ont été historiquement avancées par les pays pour promouvoir ou maintenir leur production nationale. Cette dernière est souvent perçue comme garantissant la stabilité de l'approvisionnement, car il est possible d'exiger d'un fabricant national qu'il donne la priorité au programme national de vaccination. La sécurité de l'approvisionnement est certes une considération importante, mais le recours à une entreprise nationale n'offre guère de protection contre les perturbations dues à une défaillance de la production. On suppose parfois qu'un vaccin produit localement est moins cher que celui d'un fournisseur étranger, mais ce n'est pas toujours le cas ; les fabricants à bas coût bien établis, comme ceux de l'Inde, profitent d'avantages concurrentiels sur lesquels les producteurs locaux des autres pays ont du mal à s'aligner. Certains pays soutiennent la production nationale pour des raisons de politique industrielle.

Un pays qui envisage de privilégier les producteurs nationaux (et d'investir pour créer ou élargir une capacité de production nationale), doit mettre en balance certains critères comme la qualité, les délais d'approvisionnement, et le prix au regard d'autres considérations comme la politique industrielle et la sécurité vaccinale perçue.

Le Fonds de roulement et l'UNICEF (lorsqu'ils achètent les vaccins destinés aux pays Gavi) consolident, ou groupent, la demande des pays participants. Grâce à l'effet-volumes et à la sécurité du financement, les acheteurs bénéficient d'un plus grand pouvoir de négociation et les prix sont plus avantageux que pour les pays agissant seuls (voir fiche 12.)

Lorsqu'un pays cesse de recevoir l'aide de Gavi, il peut continuer ou non de passer par l'UNICEF pour ses approvisionnements. Gavi travaille auprès de l'UNICEF et des fabricants de vaccins pour garantir que les pays choisissant de solliciter l'UNICEF et qui répondent à ses critères ne subissent pas de soudaines hausses de prix. Plusieurs fournisseurs se sont engagés à consentir à ces pays les mêmes prix qu'à Gavi pour certains vaccins, dans des circonstances données et pour une durée définie.

Les pays à revenu intermédiaire qui n'ont jamais été éligibles à l'aide Gavi peuvent aussi se procurer les vaccins par le biais de l'UNICEF (ou, en Amérique, du Fonds de roulement). Toutefois, ces pays ne faisant pas partie de l'Alliance du Vaccin, ils n'ont pas nécessairement accès aux mêmes prix que Gavi. L'UNICEF achète ainsi des vaccins pour le compte de 80 à 100 pays, et 41 pays ont recours au Fonds de roulement.

En réalité, beaucoup de pays usent d'une approche mixte : certains vaccins sont achetés via l'UNICEF ou le Fonds de roulement et d'autres directement.

Le choix d'une option d'approvisionnement

Lorsqu'un gouvernement hésite entre l'autoapprovisionnement et le recours à l'UNICEF ou au Fonds de roulement, il doit prendre en considération plusieurs facteurs :

  • Les restrictions légales. Dans certains pays, des dispositions législatives ou réglementaires limitent le recours à des agents extérieurs pour les commandes publiques ou interdisent le paiement anticipé, qui est un impératif pour l'UNICEF.
  • Le prix. L'UNICEF et le Fonds de roulement sont souvent à même d'obtenir les mêmes produits à meilleur prix que les pays isolés. L'UNICEF comme le Fonds de roulement prélève un petit pourcentage de frais de gestion sur la valeur de la commande.
  • L'approvisionnement garanti. SCertains pays peinent à obtenir des réponses à leurs appels d'offres. L'UNICEF a parfois aussi du mal à assurer un approvisionnement suffisant pour certains vaccins, mais elle est généralement mieux placée qu'un pays seul pour obtenir des offres des fabricants et gérer les problèmes d'approvisionnement.
  • Le contrôle des conditions de paiement. L'exigence de paiement anticipé de l'UNICEF constitue un obstacle pour certains pays, mais l'UNICEF offre une possibilité de financement à court terme par le biais de son Initiative pour l'autonomie en matière de vaccins (voir fiche 13.)
  • Le choix du produit. Les pays qui pratiquent l'approvisionnement direct ont la maîtrise totale des caractéristiques du produit (même s'ils trouveront davantage de fournisseurs pour certains produits que pour d'autres). L'UNICEF s'efforce de respecter les préférences des pays, mais elle n'achète en général que des vaccins préqualifiés. La gamme de produits disponibles par l'intermédiaire de l'OPS est un peu moins étendue parce que ce mécanisme d'approvisionnement mutualisé est plus efficace lorsque les préférences de produit sont harmonisées.
  • Développement de la capacité d'approvisionnement. Dans certains pays, l'approvisionnement est considéré comme une fonction de l'État n'admettant de le « sous-traiter » que dans des circonstances exceptionnelles. Pour ces pays, le recours à un organisme extérieur est une solution provisoire, l'objectif étant de se doter au plus vite d'une capacité d'approvisionnement propre.
  • La production nationale. Les pays qui accordent l'exclusivité ou la préférence aux producteurs locaux pratiquent l'auto-approvisionnement.

Les étapes du processus d'approvisionnement

L'approvisionnement commence par la définition et la quantification des besoins. De combien de doses de quels vaccins, présentant quelles caractéristiques le programme national de vaccination aura-t-il besoin, et quand ? Il est essentiel de bien prévoir la demande est essentiel pour éviter les ruptures de stock ou les pertes et pour obtenir le meilleur prix des fournisseurs. Une fois les besoins clairement définis, le programme passe à l'identification des fournisseurs potentiels.

Avant de contacter des fournisseurs, l'entité chargée de l'approvisionnement doit définir une stratégie et un processus d'approvisionnement, avec un cahier des charges clair et des critères définis pour évaluer les offres, conformément aux lois et réglementations nationales. Elle peut ensuite solliciter des offres, évaluer celles qu'elle reçoit et choisir un ou plusieurs fournisseurs. Enfin, elle peut organiser la signature des contrats et la livraison des vaccins.

L'OMS offre sur son site Internet des conseils sur l'achat de vaccins et a élaboré un guide complet sur l'achat de vaccins par le secteur public. L'OMS et l'UNICEF dispensent en outre leur assistance technique en matière d'approvisionnement en vaccins, et l'UNICEF a mis une plateforme en ligne, le Réseau des praticiens pour l'approvisionnement en vaccins (Vaccine Procurement Practitioners Network), pour faciliter l'échange d'informations entre pairs.

Les marchés du vaccin et les déterminants des prix

Les marchés des différents vaccins sont extrêmement divers, avec des conséquences sur les prix et sur l'offre. Trois vaccins récents importants – vaccin contre le virus du papillome humain (VPH), vaccin conjugué antipneumococcique et vaccin contre le rotavirus – ne sont actuellement produits que par deux sociétés, qui jouissent donc d'un pouvoir considérable sur les prix. Pour ces vaccins, les multinationales en sont venues à adopter des systèmes de « tarification différenciée », en fonction du niveau de revenu de chaque pays. Selon cette politique de tarification, les pays à revenu intermédiaire non éligibles à Gavi paient plus que les pays Gavi, mais moins que les pays à revenu élevé.

Certains vaccins plus anciens, notamment ceux contre la fièvre jaune et la rougeole, n'ont eux aussi que peu de fournisseurs. Toutefois, ces vaccins essentiellement fournis par des fabricants de pays à revenu intermédiaire sont disponibles via l'UNICEF à un prix unique, quel que soit le revenu du pays. On notera que ces vaccins, contrairement à ceux soumis à la tarification différenciée, n'ont pas un marché très important dans les pays à revenu élevé. (Ainsi par exemple, les pays à revenu élevé utilisent le vaccin rougeole-oreillons-rubéole plutôt que celui contre la rougeole).

Enfin, certains vaccins ont assez de fournisseurs pour garantir un marché concurrentiel sans qu'aucun fabricant individuel n'ait une telle influence sur le prix. Les prix sur ces marchés dépendent en grande partie des coûts de fabrication, et les pays à revenu intermédiaire dotés d'un système d'approvisionnement efficace et transparent obtiennent généralement les mêmes prix que Gavi. Le marché du vaccin pentavalent, par exemple, est devenu fortement concurrentiel, avec huit fournisseurs préqualifiés en 2016, et les pays non-Gavi qui se fournissent via l'UNICEF peuvent s'attendre à payer à peu près le même prix que les pays Gavi.

Le prix des vaccins dépend d'un certain nombre de facteurs autres que le coût de fabrication et le niveau de revenu du pays. En règle générale, les volumes importants, les contrats de longue durée, la certitude de la demande et la ponctualité du paiement font baisser les prix. Pour les vaccins disposant d'un marché important dans les pays à revenu élevé, l'existence d'une capacité de fabrication supérieure aux besoins du marché peut aussi influencer les prix, notamment pour les pays à revenu intermédiaire. L'UNICEF publie les prix qu'elle paie les vaccins achetés pour le compte de Gavi, et prévoit d'en faire autant pour les achats effectués pour les pays non-Gavi. Le Fonds de roulement publie des moyennes pondérées des prix. En revanche, jusqu'à une date récente, les prix et les conditions contractuelles obtenus par les pays pratiquant l'auto-approvisionnement n'étaient que rarement connus. Une nouvelle initiative de l'OMS, le Projet V3P (Vaccine Product, Price and Procurement), entend combler cette carence en recueillant et en diffusant des informations sur le prix des vaccins et d'autres aspects de l'approvisionnement, en particulier chez les pays à revenu intermédiaire.

Sources et lectures complémentaires

UNICEF. Liste des vaccins fournis par l'UNICEF pour Gavi, l'Alliance du Vaccin. Consultable à : www.unicef.org/supply/files/product_menu_2016.pdf

Réseau des praticiens de l'approvisionnement en vaccins de l'UNICEF : www.vppnetwork.org

Organisation mondiale de la santé [en ligne]. Vaccination, vaccins et produits biologiques. Mécanismes et systèmes d'approvisionnement. Consultable à : www.who.int/immunization/programmes_systems/procurement/mechanisms_systems/en/

Organisation mondiale de la santé [en ligne]. Vaccination, vaccins et produits biologiques. Vaccine product, price and procurement (V3P). Consultable à : www.who.int/immunization/programmes_systems/procurement/en/

Organisation mondiale de la santé [en ligne]. Vaccins préqualifiés de l'OMS. Consultable à : extranet.who.int/gavi/PQ_Web/

Organisation mondiale de la santé Approvisionnement en vaccins pour le compte des programmes publics. Genève : Organisation mondiale de la santé ; 2003.

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